Une journée ordinaire avec mes tocs

Il est 7h, le réveil vient de sonner, et j’émerge du sommeil. J’ai 1h30 pour me préparer avant d’aller au travail. Cela ne sera pas de trop.

Mon angoisse commence déjà à grimper à l’idée de devoir affronter mes tocs pendant cette journée. Allez on y va.

Je me lève, enlève mes habits et me dirige vers la salle de bains. Oh non! Mon chat a fait ses besoins dans la baignoire. Rien à faire, il me snobbe la litière. Je me munit de la bouteille d’eau de javel et d’un rouleau de sopalin. Je nettoie, jette le tout dans un sac-poubelle, en veillant bien à ne pas toucher les bords supérieurs du sac avec les déjections. Autrement, je devrais emballer le tout dans un autre sac-poubelle.

Je mets de l’eau de Javel pure dans la baignoire et nettoie avec un sopalin. Puis je me lave les mains, en veillant à n’oublier aucun recoin, puis je nettoie le porte-savon et le robinet que j’ai touché, et ceci en gardant une main “propre” éloignée du corps. Je me sers de cette main “propre” pour toucher le robinet et me relaver les mains. Je peux maintenant ouvrir le robinet de la baignoire et rincer l’eau de Javel et les parois. Ouf!

Je me lave, me sèche en terminant par les pieds ( qui ont touchés le sol ), puis mets la serviette au sale d’une main. Je me lave les mains en me servant encore une fois de la main qui est restée “propre”. Je peux maintenant m’habiller. Je respire, car cette phase se déroule bien en général. Surtout, veiller à ne rien laisser tomber au sol, sinon je devrais le mettre au sale et me relaver les mains. Tout se passe bien, et je vais manger.Il est 8h15, temps de partir au boulot. J’ouvre la porte avec mon coude, introduit la clef dans la serrure, puis me serres de celle-ci pour refermer la porte en tirant dessus. Clac! Il faudra que je pense à nettoyer la poignée ce soir!! Il me semble en effet que celle-ci n’est pas propre.

8h30 – Arrivée au travail! J’enfile une blouse, en vérifiant tout d’abord que celle-ci est propre. Mince, il y a une marque bleue, sans doute du stylo. Je la scrute pour bien vérifier qu’elle est bleue et non pas rouge ou marron, pouvant évoquer du sang. Non, elle a l’air bleue. Je me lave les mains, puis peux attaquer le planning de la journée.

J’ouvre mes salles radio, et mets en marche toutes les tables radio. Je prends soin d’éviter, en faisant un détour, les poubelles jaunes contenant des compresses et du matériel de soin souillés. Tout va bien!

Je prends mon premier patient et fais sa radio.

9h30 – Je fais une radio de main à un patient et remarque qu’il a une petite plaie au doigt. Je ne fais mine de rien, mais mon angoisse augmente progressivement. J’en suis à 4/10. Pas beaucoup pour l’instant. Je pense immédiatement “Surtout, ne pas toucher ou frôler sa plaie!”. Je nettoie la cassette radio avec un désinfectant, puis vais me laver les main en ouvrant le robinet avec mon coude. Je respire, car je sais maintenant qu’il n’y a plus de danger.

10h30 – Je retourne voir un patient à qui j’ai fait une radio de pied.

“Vous pouvez remettre vos chaussures, Monsieur, et passer dans le couloir.”

Au passage mon regard accroche une coupure sur son pied gauche. Pendant que le patient sort, mon esprit tourne à 100 à l’heure pour reconstituer les évènements et tenter de me rappeler si j’ai pu toucher ou non cette plaie en faisant la radio. “Mais non, tu n’y as pas touché!”, “mais peut-être que si!!”, “Qu’est ce que j’ai touché ensuite?”. Mon regard parcourt la pièce et je me remémore les mouvements et les gestes que j’ai fais. Je prends du désinfectant et en passe sur la console, la table radio, l’appareil radio en lui-même, les poignées de porte. Je pense que c’est tout. “Je peux prendre la salle?”, me demande une collègue en entrouvrant la porte. Un peu gêné, car je sais que je suis resté trop longtemps et qu’elle a du se poser des questions, je lui réponds que oui et ressors après m’être lavé les mains.

12h30 – La pause. Je respire un grand coup et retourne chez moi pour manger.

14h – reprise du boulot. Je monte faire une radio pulmonaire en salle de réveil, me change et me lave les mains, puis me dirige vers la salle.

En mettant la cassette radio sous le dos du patient, je remarque que le drap est un peu mouillé. Qu’est-ce donc? De la sueur, ou autre chose? Tant pis, je verrai cela après.

La radio finie, je retire la cassette de l’enveloppe en plastique, la désinfecte ainsi que tout ce que j’ai pu toucher ensuite, puis me lave les mains. Je sens le regard des autres personnes sur moi. Mon angoisse est de 6/10, et je fais mine de rien en retournant développer la radio. En chemin, je me demande si j’ai bien nettoyer la cassette. “Le coin supérieur, là! Est-ce que je l’ai fais?”. Je ne sais plus. Intuitivement je sais que je l’ai fait, mais je doute quand même. “Et si cette parcelle avait touché du sang ou une plaie? Mes collègues toucheraient ensuite la cassette et pourrait être contaminés!!” Je me sens oppressé, et vais donc me rassurer et faire chuter mon angoisse en nettoyant la cassette, puis mes mains.

Celles-ci ne sont pas belles à voir! 6 mois de traitement intensif au savon, à l’alcool, et de nettoyage incessants les ont rendues rêches, parsemées de gerçures et douloureuses.

Je remonte ma radio, et avises au sol une petite tâche rouge. “C’est du sang! ” me dis immédiatement mon esprit. “Mince! J’ai du marcher dessus. Il ne faut pas que je contamine le département de radiologie, ou mon appartement!!” Mon angoisse fait du yo-yo et regrimpe immédiatement.Discrètement, je passe du désinfectant sur mes chaussures, puis les essuies avec une serviette en papier. J’ai oublié de faire le dessus, et les oeillets! Je recommence tout, puis me lave les mains une fois cela terminé. Je redescends, me relaves les mains, puis prends un autre dossier.
16h30 – La journée avance. Je respire un grand coup et sors un instant fumer une cigarette, afin de laisser retomber un peu la pression.

17h – Je passe derrière la console pour faire une radio des cervicales. Au passage ma blouse frôle la poubelle jaune. Je regarde si ma blouse n’est pas souillée : non, apparement, mais je sais déjà que je la mettrais au sale. Puis je termine la radio de mon patient, nettoies la table à fond, ressors, mets ma blouse au sale et me lave les mains. Pendant que j’enfile une autre blouse, mes cheveux frolent le mur du vestiaire. Je scrute celui-ci, à la recherche d’une éventuelle tâche, et finit par trouver une ligne courte et fine, orange-rouge. Très certainement un trait de stylo. Mais l’obsession revient immédiatement!! “Et si c’était du sang?”, “Non, cela serait plus large, et rouge-marron”, “Peut-être pas!”, “Mais si!”, “C’est du sang!!”, “non!”, “si!”. Mes pensées s’affolent. L’angoisse revient en force mais je lutte. Jevais quand même me laver les mains.

La journée terminée, je ressors et monte en voiture. Surtout, il ne faut pas que mes cheveux touchent l’appuie-tête du siège. Je conduis penché en avant, et arrive enfin chez moi.

Je passe directement dans la salle de bains, enlève mon pull et mon Tee-shirt, me lave les mains, le robinet et le porte-savon, puis de nouveau les mains. Je me penche sur la baignoire et me lave les cheveux afin de me débarasser de cette hypothétique tâche. Il ne faut pas que j’ouvre les yeux pendant le lavage, sinon je pourrais être contaminé et infecter les autres à mon tour. Je tâtonne à la recherche du gel-douche, puis me savonne avec la main gauche. Je rince de la main droite, me ressavonne, et rince le tout. Je peux ouvrir les yeux sans risque. Après m’être lavé à nouveau les mains et essuyé les cheveux, j’enfile un tee-shirt et un pull. Il est déjà 19h!

Le reste de la soirée se déroule relativement bien, mais je ne peux quand même m’empêcher de nettoyer à nouveau mes chaussures avec de l’eau de Javel. Mes mains me brûlent. Un peu de crème hydratante, puis je vais manger.

1h du matin – je vais me coucher et pense déjà à la journée de demain.

Au cours de cette journée, j’ai eu 7 heures d’obsessions, 3h45 de compulsions et je me suis lavé les mains environ 35 fois.

Cette journée est un exemple-type pour vous montrer le quotidien d’une personne atteinte de TOCs sévères. Je n’ai pas vécu cette journée exactement de cette façon. Les faits remontant à plus de 11 mois maintenant, je ne peux pas me rappeler ce qu’il s’est réellement passé. Je me suis inspiré de ce que j’ai vécu pour vous concocter cet exemple.

Pendant la période où mes TOCS se sont aggravés, il y a eu des jours moins stressants mais aussi des journées où j’ai eu jusqu’à 10 heures d’obsession et 6 heures de compulsions de lavage.

Aujourd’hui, fort heureusement, je vais beauoup mieux, et mes angoisses ne montent plus au-dessus de 6/10. Je n’ai qu’une heure ou deux d’obsessions et environ 45 minutes de compulsions par jour.

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